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Le choix des mots

Parmi les pièges qu’il convient égale-
ment d’éviter, il y a l’enfermement dans une terminologie imposée par le dominant. Maîtriser les mots c’est avoir une armée à son service ; accepter la terminologie imposée c’est prendre le risque de se voir combattre par celle-ci. Combien de mots sont jetés à la volée ? Des mots qui en mettent plein la vue, mais dont personne ne se préoccupe de la lente germination
dans les consciences.

La rapidité avec laquelle ils se diffusent marque « une part de résignation »,puisque tout le monde reprend ces nouveaux termes sans les questionner. Le choix des mots est essentiel ; celui
qui impose ses mots et le sens qu’il leur associe obtient un avantage concurrentiel conséquent sur ses adversaires puisqu’il maîtrise les termes du débat.
C’est ainsi que le choix des mots sert à concrétiser la domination. Une fois acceptées, ces nouvelles sémantiques, reprises par les médias et les politiques, s’imposent dans l’imaginaire collectif. En plus de s’imposer dans l’imaginaire collectif, les mots deviennent des maux qui affectent l’individu ; quand il est lui-même convaincu de son infériorité par exemple, il est encore plus facile de le maintenir en asservissement.

Au sujet de cette aliénation sémantique, Camus écrivait : « C’est uniquement lorsqu’un esclave cesse d’accepter les définitions qui lui ont été imposées par son maître qu’il commence à être actif et à établir une vie. »

Stockely lui aussi dénonçait l’exploitation des mots en disant : « Nous devons lutter pour le droit de créer nos propres termes afin de nous définir nous-mêmes ainsi que notre relation avec la société.
Ensuite nous devons faire reconnaître nos termes. C’est la première nécessité qu’un peuple libre doit faire valoir. »
Il se dressa contre ce qu’il qualifia de terrorisme culturel : « Nous avons fondamentalement besoin pour commencer de libérer notre histoire et notre identité de ce qu’on peut appeler le terrorisme culturel, de la déprédation dont elles ont été victimes par la faute des Blancs, qui voulaient justifier ainsi leur sentiment de supériorité. »

Ceci s’appelle le contrôle psychologique de l’esprit des hommes. L’exercice d’un tel contrôle implique que l’oppresseur essaie de faire admettre à l’opprimé ses définitions et ses conceptions historiques. Les récits historiques qui relatent les rapports des États-Unis avec les communautés indiennes et noires nous offrent des exemples de ce genre. Ainsi, au cours des guerres
entre les colons blancs et les Indiens, on appelait « victoire » une bataille gagnée par a cavalerie. Mais les triomphes des Indiens étaient des « massacres ».
D’ailleurs, comme le disait Ahmed Taleb Ibrahimi, le fils de Bachir al Ibrahimi : « Chacun sait que les mots changent de sens suivant le camp ou l’on se place. »
C’est ce que Malcolm X relève aussi quand il dit : « Les victimes du racisme sont créées à l’image des racistes. Lorsque les victimes luttent avec force pour se
protéger de la violence des autres, on les dépeint comme des criminels ; l’image du criminel est projetée sur la victime. »
Les mots peuvent autant enfermer le groupe visé dans un rôle qu’on veut lui attribuer que proposer des solutions toutes faites qui n’en sont pas.

Gustave Le Bon l’explique parfaitement quand il évoque la fonction des mots « démocratie, socialisme, égalité, liberté… » dont le sens est si vague que de gros volumes ne suffisent
pas à les préciser, mais qui pourtant sont vus comme s’ils contenaient la solution de tous les problèmes.

 

Extrait de Vivre ensemble ou pas? Thomas Sibille, éditions Héritage, 2022

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